Deux êtres perdus au milieu du désert.

"-T'es sûre ?
- Complètement."
Jeremy me prit la main et on s'avança dans la chapelle fushia, extra kitsh. Un sosie d'Elvis Presley se tenait là, gros et laid. Je n'avais pas de voile, ni de robe blanche. J'étais en jean (troué en plus) et j'avais oublié de mettre du déo. Il faut dire que le départ fut quelque peu précipité. Ce départ. Une folie. Une vrai folie. Bordel c'que c'était bon.

On avait fait l'amour 7 fois cette après midi. Oui ça fait beaucoup... Au bout de la septième fois, on souffla sur le lit en fixant le plafond.
"- Tu sais, au lycée, jamais je m'étais dit que je sortirais avec toi un jour..."
Il avait dit ça comme ça. De but en blanc. Je l'ai regardé. Et j'ai demandé pourquoi il disait ça.
"- Pour moi, t'étais une fille un peu folle, trop même, et tu me regardais jamais. Non pas que t'étais pas belle, du tout. Juste que t'avais l'air loin de moi."
Je devais faire une drôle de tête parce qu'il ajouta ensuite :
"- On était pas du même monde,tu vois. Pourtant t'étais dans ma classe, à quelque rangées près."
Je ne dis rien. Alors comme ça, il m'avait déjà regardé. LE Jeremy, le beau et merveilleux Jeremy m'avait déjà observé alors que je n'étais qu'une adolescente pré-pubère, mal formée et complexée ? J'y croyais moyen.
"- Tu sais, je te regardais tout le temps, avouai-je. Vraiment très souvent. J'arrivais pas à t'aimer parce que t'étais le genre de mec, super beau, qui touchait, câlinait, embrassait toutes les filles qui lui tombaient sous la main; Et ça me dégoûtait un peu."
Il me jeta un regard pitoyable. J'avais envie de lui faire un câlin.
"- Cependant, hésitai-je... cependant, tu me fascinais. Tu m’obnubilais. Je ne pouvais pas m'empêcher de te trouver incroyablement beau, et attirant."
Silence. On regarda le plafond encore quelque secondes. Puis il m'embrassa. Ce baiser avait un goût différent de d'habitude. C'était comme si on était revenu 10 ans en arrière. Comme s'il embrassait l'adolescente délurée et mal lunée que j'étais. Je suis devenue toute rouge et je l'ai repoussé. Il semblait surpris. Puis vexé. Puis surpris à nouveau. Il demanda :
"-Tu penses qu'il se serait passé quoi si on s'était parlé quand on avait 16 ans ?
- On serait sûrement sortis ensemble. Non ?
- Si tu couchais ouais, peut être ! déclara-t-il en souriant, dégueulasse.
Je pris mon coussin et essaya de l'étouffer. Mais j'avais une question avant de l'assassiner. J'enlevai le coussin et le regarda dans les yeux. Grave.
"- Si on avait couché ensemble à 16 ans, je te haïrais aujourd'hui. Au lieu de ça je t'aime bien plus que n’importe quoi sur cette Terre. Tu penses que ça veut dire, qu'on s'aimera pour toujours ?"
Il se releva, me prit dans ses bras et renifla mes cheveux. Enfin, il murmura, comme si quelqu'un d'autre aurait pu l'entendre. Comme si c'était interdit qu'on le sache. Comme si c'était un secret.
"- Je pense que je t'aimerais jusqu'au jour ou je mourrai.
-Tais-toi ! m'écriai-je en le giflant.
-Je t'aimerais jusqu'à ma mort.
- Mais tais-toi ! hurlai-je plus fort."
Il répéta ça, 4 fois. Je l'ai giflé. 23 fois. Sa mort me faisait encore plus peur que la mienne. On s'observa encore quelques minutes. Je scrutai chaque détail de son visage, pour voir ce qu'il y avait en lui d'encore inconnu à mes yeux. Je frôlais ses lèvres du bout des doigts. Je caressais ses pommettes ridées. Dire que pendant des années, j'avais préféré mater son corps de Dieu plutôt que d'observer avec attention son grain de beauté sur la tempe, sa cicatrice sous le menton, et aussi son sourcil droit qui remonte plus que le gauche quand il est étonné. Comment ai-je pu rater tout ça pendant tout ce temps ?
"- Quand je mourrais..."
Je fis une pause. Il acquiesça et me prit par les hanches.
"-Quand je mourrais, je serais toujours amoureuse de toi. Je le sais, c'est tout."
Il m'embrassa. Juste sur la bouche. Soudain, une idée. Une envie, brutale. Comme ça. Bam !
"- Jerem' ! dis-je, Jerem', épouse-moi !"
Il sourit, et hocha de la tête.
"-D'accord !"
On s'embrassa encore, et encore, puis j'enfilai un jean et un pull. On chercha après un sac, où on tenta d'y fourrer une bouteille d'eau, de l'argent, des culottes de rechanges, et un paquet de tabac à rouler. On ne ferma que le verrou du bas de l'appart. On courra dans l'escalier, sérieux comme des vieux. On se précipita vers la voiture. C'est moi qui conduirais. Je démarrais le moteur. Las Vegas, nous voilà !

"- Enfoiré !! T'es qu'un gros enfoiré ! "
Je lui balançai des coups de sacs dans le ventre, sur le crâne, dans le dos.
" J'le savais ! JE ! LE ! SAVAIS !"
Je m'arrêtai de le frapper pour reprendre ma respiration. Je fulminai, j'étais furibonde, complètement hors de moi. Il m' avait cachée ça pendant toutes ces années ! Pendant presque 6 ans et demi ! Il garda ses mains devant lui, pour se protéger en cas de seconde attaque. Puis, essoufflé il déclara :
"-C'est pas si grave, pour moi ça vaut rien !
- C'est pas si grave ?!!? criai-je en brandissant mon sac."
Il s'approcha de moi. Je lui lança le sac dans la tête. Il cria alors toujours en s’approchant :
"- Ça ne compte pas j'te dis ! Ça n'a jamais compté et ça ne comptera jamais, t'entends ?!? Et arrêtes avec ce foutu sac !!"
Il saisit la besace et la jeta violemment à terre. Je poussai un cri, donna un coup de pied dans la voiture et prit ma tête entre les mains. Je faisais les cents pas.
"- On n'était plus ensemble...
- Ça faisait 4 heures !! l'interrompis-je. Merde ! Ça ne faisait que 4h qu'on s'était séparé !"
Il garda le silence. Je pense même qu'il s'était arrêté de penser.
"- Sans compter, que le lendemain, tu retombais dans mes bras ! déclarai-je, en riant nerveusement.
- J'étais malheureux et j'avais trop bu, se justifia-t-il.
- Mais pourquoi elle ?! Franchement Jeremy, pourquoi Deborah ?
- Elle a toujours été amoureuse de moi. Elle me le disait tout le temps, même quand elle était pas bourrée..."
 Je lui lançai un regard méprisant. Ça l'a énervé.
"- Et puis t'as pas à me juger ! Je regrette même pas ce que je fais tellement je m'en fous aujourd'hui ! Et puis, c'est toi qui m'a larguée la première ! Moi j't'ai rien demandé ! Tu te souviens encore pourquoi on a fait un break de 24 heures ?!"
D'une traite, il avait tout déballé. Moi, ça m'a vraiment contrariée. Je ne me rappelais plus de la raison de notre (extrêmement brève) séparation. Il conclut, méchamment :
"- Voilà, tu sais plus, et bien tu sais quoi ?! Moi non plus je sais plus ! Et je m'en contrefout tellement...
- Moi pas.
- Parce que pour toi c'est important de savoir ce genre de détail insignifiant ?
- Ça fait partie de nous ! m'écriai-je, et si on commençais à oublier toutes nos erreurs, qu'est-ce qu'on va devenir Jeremy ?! Sérieusement !?"
Jeremy ramassa le sac, prit le porte-feuille et s'éloigna vers la supérette de la station service. Je l'attendis. Il revint avec 3 paquet d'Oreo et un café. Il me tendit le café que je refusai.
"- T'es chiante.."
Il se prit une baffe. Il lâcha son sachet de courses, et m'enlaça brutalement.
"- Lâche-moi ! Au secours !"
Il colla sa bouche sur la mienne pour me faire taire. Je me débattis, et abandonnai. Il finit par desserrer son étreinte. On remonta dans la voiture et il redémarra le moteur. Sur la route je relançai la conversation :
"- On a toujours pas fini, crois pas que tu vas t'en sortir grâce à ta tentative de viol...
- Qu'est-ce que tu veux entendre ?
- Ce que tu penses cette fille, d'abord.
- C'est une nymphomane, et c'est une fille facile. C'est tout.
- Que penses-tu de notre relation aujourd'hui ?
- Indéfinissable. Y a que de l'amour et de la sincérité.
- Alors pourquoi ne pas m'avoir dit que t'avais couché avec Deborah ?
- Parce que je trouvais ça pas assez important à mes yeux. Pour moi ça voulait rien dire, c'était une baise parce que je pensais que ce serait terminé entre nous. Pour toujours. Alors autant en profité puisque j'avais tout perdu. Ouais j'm'étais dit ça à l'époque."
Je réfléchis. Il ajouta juste :
"-T'as fini ton interrogatoire, c'est bon ?
- Oui. acquiesçai-je.
- Alors, coupable ?
- Oui, mais avec sursis.
- Tu me brises le cœur...
- Arrête toi dès que tu peux, lui ordonnai-je.
- Pourquoi ?
- J'ai envie de faire l'amour."

La voiture filait. Le paysage défilait. Toutes fenêtres ouvertes, les lunettes sur les yeux je somnolais en écoutant le bruit du moteur. L'air caressait mon visage. A moins que ce ne soit la main de Jeremy. Je pensais, vaguement. Ce mariage précipité, c'était enivrant. Sur le moment, c'était exactement comme un gros shoot, on ne réfléchissais plus. Pour le moment, c'était mieux que tout, mieux que n'importe quoi, mieux que rien. Et si ça ne durait pas ? Et si, dans 10 ans, ce grain de folie, cette touche d'originalité, cette goutte d'essence qui enflamme tout, disparaissait ? Est-ce qu'on parviendrait à s'aimer autant ? Cet amour là ne va-t-il pas nous détruire ? Pourquoi pensai-je à tout ceci ? Je n'ai jamais été raisonnable, j'ai toujours suivi mon cœur, je n'ai aucune raison, et aucune morale. Pourquoi est-ce que je ressens le besoin de réfléchir sérieusement à ce stupide mariage ? C'était insensé ? Pourquoi diable avais-je commencé à penser ? Je m'ennuyais ! A coup sûr je m'ennuyais. Non...
"Arrête-toi !!"
Jeremy hurla de terreur. Il avait zigzaguait, et un tas de voitures le sermonnaient à coup de klaxons.
"- Mais ca va pas de hurler comme ça, quand je conduis ? m'engueula-t-il.
- Je m'ennuie.
-Pardon ?
- Je me fais chier.
- Maintenant ?
- Ça m'étais jamais arrivée avec toi. Chaque seconde en ta présence me divertissait. Là maintenant je m'ennuie."
Jeremy garda le silence.
-Tu veux conduire ?
- Tu te fous de ma gueule ? lui répondis-je.
- Tu veux plus m'épouser. Tu crois que notre relation est éphémère. Tu es persuadé qu'on va devenir un vieux couple et qu'on sera plus heureux quand on aura perdu le truc qu'il y a entre nous, qui nous rapproche tant.
-Oui.
-Même si on devient plus raisonnable, plus sérieux plus tard, il y aura toujours ce petit quelque chose chez moi que tu ne trouveras nulle part ailleurs. On s'aimera différemment, mais on sera heureux. On finira un jour par devenir des vieux croutons et à quand ce sera le cas, que j'aurais mal au dos, je pourrai plus de prendre en levrette ça s'est sur. Mais On vivra à jamais un truc que personne ne pourra détruire. C'est carrément inoxydable.
Ce fut mon tour de me taire.
- Je peux conduire ?
- Seulement si tu m'aimes encore.
- Alors laisse moi conduire jusqu'à l'arrivée. Je t'aime pour encore pas mal de kilomètres."


Je regrette, tu regrettes, nous regrettons...


Armentières, le 27 février, environ 4h 

Lou lâcha ses deux énormes sacs de voyage sur le sol et retira son manteau. Son père, lui, déposa la valise en face des escaliers et, essoufflé, il s'assit dessus.
"- Et bien ! Enfin rentrés !
- Oui, soupira Lou, enfin...
- Ça ne va pas chérie ? demanda-t-il, inquiet.
- Si, si, ça va juste me manquer...
- Oh allez, chérie, tu pourras en refaire des colos, cet été même si tu veux !
- Bien sûr...bien sûr, marmonna-t-elle.
 
Lou se laissa tomber sur son lit, et ne bougea plus, pendant 5, 10, 20 minutes. Son père ne pouvait pas comprendre. Ces vacances là, elle les avaient vécus, et ne les revivra plus jamais. Elle ne reverrai plus jamais les mêmes personnes dans les autres colonies, ni les mêmes animateurs, ni les même paysages... Ces vacances, furent sans doute, les plus belles de sa vie. Sans doute. Alors pourquoi cette étrange douleur, piquante, qui traversait sa gorge, subsistait encore ?

"Je sais parfaitement ce qui ne va pas..." 
Elle savait parfaitement ce qu'était ce sentiment. Le regret. Ce sentiment d'inachevé. Se dire que cela aurait pu être mieux.
"Pourquoi, pourquoi, pourquoi, pourquoi ....?"
Cette question revenait sans cesse dans son cerveau. Qu'aurait-il pu se passer de plus ? Est-ce que l'histoire aurait été différente, les vacances se seraient-elles terminées en beauté, ou tout simplement évanouies, comme un furtif rêve...? Lou se leva et alluma son ordinateur. Elle se connecta tout de suite sur Facebook et accepta les nombreuses demandes d'ajouts en ami. C'était tout ses amis de vacances qui avaient pensé à elle. Elle commenta les quelques adorables messages sur son mur :

"Tu vas me manquer ma belle !"; "Il faut qu'on se revoit, pcq j'ai jms autant ri que pendant cette semaine !" ect...

Et lui ? Elle le rechercha dans la barre de recherche, et tomba tout de suite sur sa photo. Il était plus beau en vrai, pensa-t-elle. Son cœur se resserra un petit plus et sa gorge lui fit encore un peu plus mal. Quelle nuit ils avaient passés tout les deux. Sans jamais franchir le pas. Sans jamais être allées trop loin. Le lendemain s'annonçait être encore mieux que cette soirée. Pourquoi alors cette ignorance ? Pourquoi cette ambiance lourde et pesante ? Un mot, une blague peut être, un rire, et tout aurait été différent. Ils auraient passé la matinée ensemble, ils auraient rient avec leurs amis, ils auraient fini dans le bus à deux et échangé un dernier baiser lorsqu'il aurait fallu se quitter.
Le conditionnel. Temps que Lou détestait conjugué.
***

Supprimer la mise en forme de la sélection
Embrun, station de ski "Les Orres". Le 27 février, 10h26 

Hier soir, ou même très tôt ce matin, Lou avait refusé de faire l'Amour avec Hugo. Pourquoi ? Ça ne faisait qu'une semaine qu'ils se connaissaient; ils étaient dans un lit superposé; et dans la chambre, cinq autres mecs étaient en train de dormir (ou pas...). Il est vrai qu'on a connu plus romantique, mais de toute façon, Hugo n'avait pas insisté. Et, même après ce refus, Hugo avait continué à l'embrasser. Elle en avait conclu qu'il n'était pas en colère. Et ce ne fut d'ailleurs jamais le cas.
Ce matin, à la cantine du centre, Lou racontait sa drôle d'histoire à ses deux amies, Charlène et Manue. C'est vrai, c'était amusant d'en parler ainsi, de prétendre bien sûr qu'elle avait eu ses règles plutôt que d'avouer qu'elle n'avait pas voulu passer à l'acte.
"- T'as eu totalement raison de dire non, Lou ! affirma Charlène, je n'aurais jamais couché avec un mec que je connais à peine.
- Vous vous êtes trouvés tout de même très vite ! fit remarquer Manue.
C'était pas faux ! Rencontrés le Lundi, premier baiser le lendemain... Lou n'avait pas perdu de temps. Il faut dire qu'elle l'avait tout de suite vu, Hugo. Et lui aussi. "Un vrai coup de foudre !" avait plaisanté Manue. Elle n'avait pas eu tort...
Ils se croisèrent au local à ski, juste à deux. Ils s'échangèrent quelques mots "Salut," "Comment ça va ?", "On se voit tout à l'heure." Quand il eut passé la porte du local, Lou avait l'impression de pouvoir toucher la tension qui régnait alors même son absence.
Le déjeuner se passa sans aucun regard l'un pour l'autre. L'arrivée fatidique du départ approchait, et le choix des bus se faisait de plus en plus urgent. Manue hésitait prendre le bus n°2 avec Naïm et Charlène voulait absolument faire la route avec Baptiste dans le bus n°1. Quant à Lou, elle souhaitait secrètement se retrouver à côté de Hugo dans le bus n°2. "- Allez ! Va le voir et propose lui de faire la route avec ! l'encouragea Charlène." Elle avait raison. Mais quand Lou monta au bar, pour le trouver, elle le vit, assis à une table avec Louis et Eliott et la seule fille, Sophie. Hugo lui souriait. Il portait son bonnet à elle. Son estomac se contracta et sembla râler. 
"-Alors vous prenez quel bus ? dit Lou une fois assise à leur table.
- On prend tous le n°2, répondit Eliott, et toi ?
- Je prends le 1, affirma-t-elle tout en fixant Hugo, qui lui jeta un ou deux regards.
- Oh non ! Tu peux pas venir avec nous ? Avec Manue et Charlène ? implora Louis.
- Oui c'est vrai ça va être marrant ! renchérit Eliott.
- Ben, hésita-t-elle en ignorant Hugo cette fois, je sais pas trop... Charlène veut aller dans le premier bus et Manue dans le second.
- Bah, au pire vous serez à trois ! fit pertinemment remarquer Sophie."
Lou se leva et conclut qu'elles se mettraient d'accord ensemble d'abord. Hugo la regardait cette fois. Elle s'éloignait en pestant contre cette incarnation de l'intelligence qu'était l'idiote Sophie. 

 
Lou s'assit sur le siège voisinant Manue en observant avec envie Charlène et Baptiste qui se câlinaient sur les deux banquettes. Tony, l'animateur termina de compter les adolescents tandis que le bus n°2 commençait déjà à s'éloigner du centre des Orres. Lou savait qu'elle avait fait une erreur. Absolument insignifiante à l'échelle de la vie, mais assez pénible sur le moment. Il ne lui restait plus qu'une issue : patienter deux heures pour arriver à Chambéry et tenter de lui parler peut-être, une dernière fois.
 
***

Chambéry, Parking des retours, 16h03

"- Hugo !"
Hugo se retourna, et vit Lou trottinant vers lui. Elle l'avait cherché pratiquement partout, lui avait demandé à Manue, à Charlène, puis à Ana, puis à Tom, et en fin à Olivier si on ne l'avait pas vu.
"- Je, hum, Je m'excuse pour mon comportement débile de ce matin... soupira-t-elle.
- Ben, c'est fait maintenant..."
Il avait le regard fuyant. Ce crétin regrettait autant que Lou.
- On est con, quand même tu trouves pas ? commenta Lou
- Assez, ouais, sourit Hugo."
Ils se regardèrent un moment. Puis un animateur avec une casquette cria le départ imminent pour Strasbourg.
"- Allez, sans rancune ! déclara Hugo.
- Ca marche !"

Lou se leva sur la point des pieds pour lui faire une bise. Mais, naturellement, sa bouche et la sienne se croisèrent et leur baiser se termina avec l'amertume d'un au revoir qui ressemblait plus à un mensonge mutuel. En fait, c'était un Adieu. Lou savait parfaitement qu'elle ne le reverrait pas, ou en tout cas, plus jamais comme ils s'étaient rencontrés. Et ça, elle aurait tout le temps d'y réfléchir pendant les 12 heures de trajet qui lui restaient jusqu'à Lille. Le voyage s'annonçait long. Très, très long.

FIN

Quand vient la fin de l'été ♫


  Nous sommes le 14 juillet. Jour important pour la patrie, jour de gloire pour la République ! Il y a deux cents vingt ans, jour pour jour, les Français se rebellaient contre l'absolutisme. Deux cents vingt années plus tard, la République est toujours présente, et comme il se doit, annuellement, un feu d'artifice est organisé, ce soir au crépuscule, par la mairie du village où je passe mes vacances d'été. Petit village sans école, au bord de la mer, ne comprenant qu'une boulangerie, une épicerie et une presse qui ferme le lundi et le dimanche. Ce village est bourré de charme et c'est le seul endroit où mes parents acceptent que je me balade seule. C'est donc les mains das les poches que je me dirigeais vers la plage pour admirer le prochain feu d'artifice. Un tas de monde arpentait déjà la digue. Ne trouvant aucune place tranquille, je décidai de m'installer sur la plage. Il y avait certes beaucoup de personnes mais au moins, l'endroit était spacieux et on ne serai pas compressé. Je m'assis sur le sable froid légèrement en retrait des familles où les enfants mal élevés s'excitaient comme des puces. Non loin de moi, j'aperçus un jeune garçon d'à peine un an de plus que moi. Il n'avait pas l'air d'attendre quelqu'un et patientait avant le début du spectacle. Cela faisait deux semaines que je cherchais de nouveaux amis mais pas moyen de trouver des jeunes. En effet, mon village chéri abrite une population d'une moyenne d'âge de 65 ans...C'est donc pleine de bonnes intentions que j'allai à la rencontre de ce garçon. Je m'assis à côté de lui et lui affichai un sourire radieux.  

"- Salut ! T'es tout seul ? demandai-je.  
- Ça se pourrait bien, ouais.
- Alors ça te dérange pas si je reste avec toi ?

- Pas du tout !
 
- Super ! Je m'appelle Léna.
- Enzo. J'ai 17 ans.
 
- J'en ai 16. Je t'ai jamais vu par ici, c'est la première fois que tu viens ? 
 - Oui, je suis venu avec des cousins, qui sont beaucoup plus âgés. C'était le Nord ou je restai avec mes parents... Y avait pas photos !
- D'où tu viens ?
 
- Du Sud, Sainte Maxime.
- Wouah ! Ça doit te faire bizarre la température ici comparée à chez toi !

- Ouais, c'est vrai, mais bon je me plais bien ici, c'est... mignon ! avoua-t-il sans le penser vraiment.
 
- T'es pas obligée de mentir, dis-je en riant, je peux comprendre que tu t'ennuies ici! Je viens ici depuis que j'ai 5 ans !
- Tu n'es jamais allé dans le Sud?

- Non jamais. J'aimerais bien."
 
 Soudain une suite de pétarades retentit.  
"- Ah, ça commence, dit Enzo." 
  Durant les premières explosions, je préférais me consacrer au portrait de mon camarade. Enzo venait du Sud et ça se voyait. Sa peau était mate et se fondait dans le semi-obscurité ainsi que ses cheveux bruns. Ses yeux noisettes étaient munies de long cils, ça lui donnait un regard de biche. Dès qu'il souriait, on apercevait sa dentition presque parfaite. Je pense que c'était son sourire le plus attirant chez lui. Je décidai de m'arrêtais là, et reprit la contemplation du ciel, désormais bruyant et multicolore. Petit à petit, je me sentais observée... Je tournais la tête et me rendis compte que Enzo me scrutait de haut en bas. Gênée, je me sentis rougir et baissai le regard. Je le surpris à rire discrètement. Alors pour masquer ma gène, je réengageais la conversation.  
"- Tu repars quand ?
- Demain matin."
 
J'émis un soupir exprimant ma déception, qui m'échappa. Il rit.
"- Je vais te manquer apparemment, s'égosilla-t-il.

- C'est pas tout à fait ça, rétorquai-je, il n'y a que des vieux par ici et...
 
 Un trio de vieilles dames se retourna au même moment, et nous fusillèrent du regard, puis débattirent ensemble de l'outrage que je venais de commettre. Enzo éclata de rire et m'entraîna dans son euphorie. Quand, on parvint à se calmer, Enzo me regarda dans les yeux et chuchota presque : 
  "- C'est dommage qu'on se soit pas rencontré avant. On se serait bien amusé à deux. 
- Oui, c'est vrai, on voit de rater de super moments. 
- On n'a qu'à rattraper le temps perdu !"
Il passa sa main dans mon cou, me sourit et, les yeux dans les yeux, il se pencha vers moi.
C'est baigné de la lumière rouge, verte, rose et blanches des feux d'artifices que "mon" baiser de l'été se gravait dans mes souvenirs.

FIN

Le temps passe en emportant nos sentiments


    C'est au volant de ma petite voiture d'occasion que je roulais lentement sur la route boueuse et étroite de la campagne de Normandie. Il pleuvait des cordes et les essuies-glaces de ma vieille auto fonctionnaient mal. J'aillais rendre visite à Charles. Mon ex-petit ami. On se connaît depuis le lycée, on a vécu un amour passionnel pendant 2 ans avant de se quitter pour une stupide histoire de kilomètres. Lui souhaitait ouvrir son propre haras. Il voulait qu'on le fasse, ensemble. Ce projet me semblait trop ambitieux, et j'ai refusé. J'ai repris la route vers Lyon afin de poursuivre mes études de vétérinaire. Puis je suis revenue 4 ans plus tard pour ouvrir mon cabinet de vétérinaire à Lisieux, une ville normande bordant une rivière surnommée Touques. Son haras était à quelques kilomètres de Lisieux, dans un trou un peu perdu au milieu des champs et des bois normands.
 Depuis, nous nous sommes revus de temps en temps lors des fêtes organisées par des amis qu'on avait en commun, mais c'était tout. On ne s'appelait que très rarement, pour Noël ou le nouvel an, on se rendait pas visite non plus. Tous les deux, nous étions très occupés par nos activités respectives. Du moins c'était ce que nous prétendions à l'un et l'autre... 

   Tout à coup, dans le cadran des km/h, l'aiguille tomba net sur le 0. La voiture s'arrêta. Je tentai de faire redémarrer la carriole sans succès. Un fois encore, cette antiquité m'avait lâchée quand j'avais besoin d'elle! Je sortis sous la pluie battante, ouvris le capot et un nuage de fumée noire s'en échappa. J'inspectai brièvement les organes de mon auto. C'était les segments de piston qui étaient usées Ben voyons! Ce pauvre tas de ferrailles avait du en faire des kilomètres, vu son âge! Je refermai le capot avec exaspération et m'installai sur le siège passager et cherchait une carte de la région histoire de voir où j'étais située. J'observais autour de moi, pas un seul panneau. Juste une pancarte en bois à deux mètres, tellement mouillée, que ce qu'elle indiquait était désormais totalement illisible. Je décidai de finir à pied, je reconnaîtrais sans doute le chemin, de toute façon il n'y pas d'autres issues que d'aller tout droit. C'est ainsi que je partis, sans parapluie ni coupe vent, tandis que la pluie redoublait d'intensité. Au bout d'un bon quart d'heure, j'arrivai enfin aux haras Les Crilles, appartenant à Charles. J'étais complètement trempée. La cour était déserte. On pouvait juste entendre le hennissement timide d'un cheval, ou un sabot frotter le sol de poussière. J'adorais les chevaux depuis toute petite. Ils me procurent un sentiment d'apaisement, c'est comme si j'oubliais tous mes problèmes quand j'étais en présence d'un d'eux. Je parcourus la cour et trouva l'entrée: une grosse porte en bois, style rustique, composée d'une poignée en métal grossier gris et d'un énorme anneau du même métal permettant de frapper la porte. Je saisis cet anneau et le claqua plusieurs fois. J'allais recommencer l'action qu'on m'ouvrit. Charles se tenait là, face à moi, son visage s'illumina et il s'écria: 
"- Ah ça pour une surprise! Mais ne reste pas là, rentre vite!"
Je fis à peine un pas dans qu'il retira ma veste, me demanda d'une gentillesse exquise d'enlever mes chaussures et m'accueillit maladroitement:
"- Ne bouge pas, enfin si tu peux aller dans le salon, mais je vais te chercher des vêtement secs!"
Il monta à l'étage en un éclair. Je passais l'arche massive en bois de chêne qui laissait voir le séjour. Je m'avais jamais mis les pieds dans la demeure de Charles. La pièce était plus ou moins ovale, le plafond même semblait circulaire. Les murs n'étaient que des briques rouges, rien n'avait était repeints par-dessus. Charles voulait sans doute donner un air rustique à sa décoration. D'ailleurs les meubles ressemblait à ceux qu'on avait déjà chez nos grand-parents, ils étaient tous en bois et cirés, ce qui les rendait brillants. La cheminée avait l'air de sortir tout droit d'une chaume de paysans de l'époque médiévale. J'entendis Charles descendre précipitamment en parlant assez fort :
"- Ma sœur vient souvent m'aider au haras. Elle a oublié quelques fringues mais elle ne m'en voudra pas si je te les prête.
Il me tendit un élégant pull col roulé en cachemire tout doux et un jean bleu clair. Même les chaussettes étaient là!
- Tu peux aller te changer dans la salle de bains du rez-de-chaussée, dit-il en m'indiquant du doigt la direction à prendre.
- Merci beaucoup Charles, lui répondis-je le plus sincèrement du monde."
Je partis m'habiller et revins dix minutes plus tard. Charles avait préparé du chocolat chaud et remis du bois dans le feu. Sur le canapé en cuir marron foncé, était posé un plaid motif écossais en laine. Suite à la proposition de Charles, je m'assis et m'enroulait dans la couverture laineuse. Il vint s'asseoir à côté de moi en me tendant une tasse encore toute chaude. Je le remerciai d'un sourire et sirotai la boisson chaude. Il savait comment j'aimais le chocolat. Avec beaucoup de lait et très sucré. Celui-ci était parfait.
"- Tu n'étais pas obligé de faire tout ça, lui avouai-je, quelque peu gênée. Je ne voudrais pas te déranger.
- Cela fait si longtemps qu'on se s'est pas vu! répliqua-t-il. Je veux profiter pleinement de ce moment! Alors, dis-moi, comment vas-tu?
- Je vais bien, le cabinet marche du tonnerre! Je n'aurais jamais cru un tel succès! Et toi? Ton haras?
- Et bien, on a quelques problèmes en ce moment. Les chevaux tombent malades les uns après les autres, nos femelles ne poulinent plus et nos coureurs ne peuvent plus faire de compétitions. J'ai bien peur de devoir renvoyer du personnel pour payer mes factures." 
Il y avait de la déception dans sa voix. Il tient à son haras autant qu'a la prunelle de ses yeux. Je posai ma main sur son épaule pour lui dire que quoiqu'il arrive je pourrais l'aider financièrement. Il déclina la proposition sans pour autant me remercier avec chaleur. Mes yeux se baladèrent sur la table basse devant le canapé. Il y avait des cadres à photos dont une qui me rappelait quelque chose. 
"- Hé mais, ce n'est pas lors de ta première compétition en senior? On devais avoir quoi? 18 ans?
- 19 ans. C'était en 1997. Tu avais 18 ans, toi. Et regarde là, c'est toi avec Typhon." Il me montra une photo en sépia où une jeune fille d'à peine 20 ans, caressait la crinière d'un cheval de robe claire. Elle ne sait pas qu'on la prend en photo. 

C'était sans doute un cliché de Charles lors de nos derniers mois d'amour. 
- Souvenirs, souvenirs, murmurai-je, nostalgique.
- Et il y en a tellement... soupira-t-il.
Silence réfléchis. Puis vivement il reprit la parole :  

"- Tu te souviens de la nuit qu'on avait passé dans un champ? Un été, avec Solène et Mat'?
- Évidemment! C'était magique! Le ciel avec toutes ses étoiles!  

- Et quand il y a eu une chute de neige incroyable, quand on était en vacances en montagne? Impossible de sortir du chalet!  
- C'était comme si le temps s'était arrêté..."
A nouveau un silence. Il le rompit en demandant :
"- Tu était heureuse quand on s'aimait?" 
 Étonnamment, je ne fus pas surprise. Je posai ma tasse et le regardai dans les yeux. Que pouvais-je répondre? Il caressa ma joue de sa main que je pris à mon tour. On se rapprocha, je fermai les yeux. Je sentis d'abord sa bouche sur mon front, puis sur le bout de mon nez et enfin sur mes lèvres. Je passai les mains dans ses cheveux, lui caressai son visage et en dessinait les contours. Ses mains se baladaient sur mes hanches, ma nuque, mon visage, mes cheveux. Son odeur m'enivrait. Mais j'ouvris subitement les yeux et le repoussa comme si j'avais peur. Je me recoiffa, et inspira profondément. Je m'apprêtais à dire quelque chose qui marquerait nos vies :  
"- Charles, si je suis venue te voir aujourd'hui, c'est parce que je dois te demander quelque chose de très important.  
Il ne m'interrompit pas.  
-Charles... Je vais me marier le mois prochain."
Je relevai les yeux. Il me dévisagea avec un regard étonné et tourna la tête en direction du feu crépitant. Il semblait soudainement perdu. J'essayais tant bien que mal de me justifier:
- Charles,je désirais t'inviter à la réception. Je tiens à toi, tu sais, et j'ignorais qu'on... ce qu'il allait se passer. Je t'assure si je savais que tu éprouvais toujours des sen.."  
Il me regarda, les yeux remplient de larmes.  
"- Ne dit plus rien. dit-il sèchement."
Silencieusement, je me levai, récupérai mes vêtements encore humides, et me dirigeait vers le couloir.
"- Je te rendrait les habits de ta sœur un autre jour... Je te remercie pour ton accueil. Tu vas sans doute recevoir une invitation pour le mariage." 
  Il ne répondit pas. Je pris le coupe vent qu'il m'avait confiée. Je ne voulais pas partir. Je suis restée là, sans rien faire. Je l'ai entendu soupirer. Il s'est levé d'un coup, s'est approché de moi, précipitamment. Il s'est mis à parler, très fort :
"- Pourquoi t'es venue ?! Dis -moi pourquoi ?! précipitamment- Je.. Je voulais que..."
Je bégayai, j'avais mal à la gorge.
"-T'avais pas le droit de faire ça !! Qu'est-ce tu pensais ?! Qu'on allait se taper dans le dos, comme des vieux potes, après des années sans nouvelles ?!"
Je ne savais pas quoi dire. Il commençait à s'énerver, à crier.
"- T'avais pas le droit, tu entends !? T'avais pas le droit de revenir la tronche enfarinée, en me faisant les yeux doux. As-tu la moindre idée de l'espoir, de le joie, l'euphorie même, que j'ai ressenti en te voyant, trempée, à ma porte ? Alors ? Tu as une idée ? Une seule petite idée ?!
- Je, euh, hum...
-Réponds !
- Mais...
-RÉPONDS !!"
Je ne pouvais plus parler. J'étais aux bords des larmes.Il me scruta. Son regard laissait paraître de la colère mais aussi du désespoir. Surtout du désespoir. 
"-Va-t-en, dit-il, calme cette fois."
Je me suis mise à renifler, je pleurai désormais.
"- Je t'ai dis, va-t-en !" 
Il ferma les yeux, et serra les poings. Je m'éloignai vers la porte. En le refermant, je cru entendre un vase ou une assiette se briser, dans un cri de colère.

 
FIN

L & F - Epilogue


V. Épilogue

   François lisait un livre sur un banc, dans un parc. Le soleil brillait en ce mois d'avril et les passants étaient nombreux à profiter de la nature, sous le ciel bleu. François leva la tête et inspira profondément. Il ferma les yeux. Soudain, son téléphone vibra. Il l'inspecta. C'était Stella qui lui avait envoyé un message. Stella, c'était sa copine depuis un an. Il n'a jamais été aussi amoureux d'une fille... Même, s' il ne l'avait jamais oubliée, "elle". Cinq ans. Cinq ans que Louise était partie. Il était sans nouvelles depuis. En effet, ça été dur au début. Très dur. Mais, Stella l'avait guéri. Stella lui avait donné envie de vivre. Désormais il serai heureux.

"- Excusez-moi, dit une voix , je peux m'asseoir?
- Bien sûr, répondit François."
Il essaya de regarder la jeune femme qui venait de lui adresser la parole. Mais elle était à contre-jour. Il ne put donc pas bien l'apercevoir. Elle était certes grande, très mince, et élégante. Elle portait un short beige taille haute, qui laissait voir des jambes interminables et un débardeur blanc. François se replongea dans sa lecture. Mais, il se sentit observé. Il tourna la tête. Et là, ce fut comme une révélation. Tous deux ouvrirent de grands yeux et chacun s'exclamèrent, en même temps :
"- Louise !?
- François !?"
Il s'esclaffèrent et tombèrent dans les bras de l'autre. Puis ils se regardèrent de haut en bas, en souriant. Louise parla en premier.
"- Comment vas-tu ? Tu as franchement mûri, physiquement je veux dire!"
Ils éclatèrent de rire.
"- Et toi, tu as... changée.
- Je vais prendre ça pour un compliment !
- Alors tes études de sport ?
- Ça va, très bien. Je passe mon diplôme en juin, pour devenir monitrice. Et toi ?
- Je suis des études de musique, dans une école d'art. Mais, dis-moi qu'est-ce qui t'amène aussi loin de la Suisse?
- Je suis en vacances, et l'air d'ici me manquait."
Il y ut un silence. Elle n'avait pas fini sa phrase. François savait pertinemment ce qu'elle était venue faire.
"- Et j'avais envie de te revoir, finit-elle par avouer."
Elle leva les yeux et s'écria :
"- Regarde ! C'est notre arbre !"
François jeta un œil par dessus son épaule. En effet, c'était "leur" arbre. Il sourit et finit par demander :
"- Alors, comment vont les amours ?"
"Question stupide" se dit-il à lui-même.
"- Elle est stupide ta question! ria Louise. Mais je répondrais tout de même."
Elle réfléchis un instant et reprit :
"- J'ai rencontré un homme en Suisse mais il est parti vivre il y a 2 mois aux États-Unis. Il y reste pendant 2 ans. Je ne sais pas si on va se séparer ou non."
Il y avait de la tristesse dans sa voix. Elle en souffrait de cette séparation, elle ne s'y attendait pas, cet homme ne lui avait rien dit. Il avait préféré profiter du moment présent. Une preuve de plus témoignant la réticence à s'engager de ce dernier. Puis elle demanda :
"- Et toi ?
- Eh bien... hésita François, le sourire aux lèvres. Je suis avec une fille depuis un an. Et ça marche bien. Elle m'a redonné le goût de la vie."
Des souvenirs, des images refirent irruption dans la mémoire de chacun. Pas très bons, à dire vrai. Pour briser le silence François déclara sur un ton jovial :
"- D'ailleurs j'aimerais te la présenter. Ça te dit? Je dois me rendre au café dans un quart d'heure.
- Bien sûr ! répondis Louise, sincèrement. Elle ne mentait pas, elle souhaitait vivement rencontrer celle qui avait gagné le cœur de son meilleur ami.
- Et bien, allons-y."
 
***

Dans un parc, un jour de soleil en plein mois d'avril, on put apercevoir deux jeunes gens d'une vingtaine d'année, marcher ensemble en riant vers un café non loin de là. Derrière eux, si on observait bien, deux ombres tournaient autour de l'arbre. Celle d'un jeune garçon et celle d'une jeune fille. L'ombre féminine grimpait à l'arbre, et celle du garçon était quasi immobile. Ces deux ombres avaient l'air de discuter. Celle dans l'arbre se mit à faire le cochon pendu. L'autre semblait la déconseiller de faire l'idiote :
"- Si tu continues, le sang va te monter à la tête ! dit le garçon.
- Arrête de t'inquiéter pour moi ! répondit la fille."

FIN

L & F (4)


IV. Soignant le mal, par le mal

Ding Dong ! Ding Dong !   

J'étais dans ma chambre quand on se mit à sonner comme un taré à la porte.
"Maman ! On a sonné !"
Personne ne répond. " MAMAN !!"
Je jetai un coup d'oeil à la fenêtre. La voiture n'étais pas garée dans l'allée ni sur le trottoir d'en face.
 
Ding ! Dong ! Ding Dong ! Ding Dong !
On sonnait de plus belle ! C'est en soupirant avec exaspération que je me trainais à aller ouvrir. On avait arrêté d'activer la sonnette. Sans mégarde, j'ouvris la porte. Et là, rien. Personne. Je marmonnai deux, trois propos injurieux et referma méchamment la porte. Mais, quelque chose m'avait échappé. Je rouvris et regarda sur le paillasson. Un petit magnétophone décoré d'une ruban vert ( ma couleur préférée ) trônait là, tout seul, l'air fier presque victorieux. On lui avait collé un post-it jaune fluorescent qui était marqué d'une écriture manuscrite que je connais trop bien. Mon cœur s'emballa et des gouttes de sueur perlaient sur mon front:
Joue-moi
 
Voila ce qui était écrit sur le petit bout de papier. Je pris le magnéto et m'assis sur le pas de la porte. Je posai le petit appareil, appuyai sur le bouton "lecture" et commençai à écouter attentivement.
Crrrsh... Clic !
"- Aheum ! Bon. Salut François, hum... Et ouais! C'est moi! Louise!"
Elle souriait pendant qu'elle parlait. Un sourire gêné, triste aussi. Elle émit un rire qui me donna envie de chialer.
"- Ça va te paraître bizarre, cet enregistrement mais je sais pas pourquoi j'ai préféré ça que t'appeler. En fait y avait une toute petite chance que tu décroches, toute toute petite... Et j'aurais été incapable de te parler si j'avais entendu ta voix! Et je voulais que tu entendes la mienne donc, une lettre ça n'aurait pas été assez..."
Elle ne finit pas sa phrase. Elle savait que je comprendrais.
" Bref... Au fait, j'ai... j'ai quitté Lucien. Hum. Je suppose que ça va te faire plaisir. Mais... je ne l'ai pas fait pour toi, François."

Et paf !

"- Excuse-moi si je t'ai blessé... Hum... Donc j'ai quitté Lucien, parce qu'en fait je vais aller dans une école de sport études..."

Non, pas ça.
"-... il me propose d'entrer là bas à la rentrée des classes. Dans une semaine. Mais, mon père me dit que je dois partir plus tôt... Demain matin par exemple."
Partir !? Mais où !?
"Cette école me propose plein de sport. Surtout des sports de l'extrême, comme le parapente, le ski en haute montagne tu vois... Des trucs qui me donne de l'adrénaline quoi..."

Et en plus tu veux te tuer! Ben tiens!

" Bref, je vais faire du snowboard acrobatique..."

Mais, bordel, c'est OÙ !!?

" En Suisse."
Là, au fond de mon crâne, c'est comme le bruit du verre qui se brise.
"- Ça fait longtemps que je suis au courant, un mois j'pense. Mes parents étaient tout de suite d'accord. Mais pour moi, c'était hors de question de m'éloigner de toi. Enfin, maintenant, il est mieux pour nous deux que je parte François. Ne crois pas que je te déteste, loin de là ! Pardonne-moi François, c'est pour..."
Tais-toi !
"-... pour toi que je fait..."
Non, tais-toi !!
"- que je fais ça."
 

NON ! C'EST FAUX !!

   Crrrrrsssh... L'enregistrement était fini. De rage, je donnais un coup de pied dans le magnéto.
"- T'as pas le droit de me faire ça Louise ! criai-je. T'as pas l'droit !
- Tu ne me laisse pas le choix, rétorqua une voix."
Louise sortit de derrière la haie de buissons qui lorgnait la clôture de ma maison. Elle continua à dire :

"- Je voulais être sûre que tu ai reçu mon message. Mais je n'aurais pas dû... Excuse-moi, je m'en vais.
- Non, attends Louise !"
Trop tard. Elle se mit,alors à courir. Je m'élançai à sa poursuite. Je courus de toutes mes forces, en me disant que ma raison de vivre s'envolait, qu'elle m'échappait des mains. Étonnamment, je réussis à lui attraper le bras. Seulement, sa rapidité et sa force lui avait permis de se dégager. Je continuai à courir, et s'engouffra dans une bouche de métro. Je descendis les escalators ou plutôt, je volai au-dessus d'eux. Le métro en bas était arrivé. Les portes allaient se refermer. Je pus la voir s'introduire de justesse dans la rame. J'arrivais trop tard. Je me ruai contre les deux portes qui se bloquèrent et tapai du poing sur la vitre. Cette scène me rappelait étrangement celle dans le tramway, quelques heures plus tôt.
" Louise ! Louise !" hurlai-je dans le vide. Elle posa ses mains sur la fenêtre. Je posais les miennes à mon tour au même endroit. Une larme coula de ses yeux rougis par le chagrin. "Louise..." prononçai-je, comme le dernier soupir d'un mourant.
"F.r.a.n.ç.o.i.s..." ai-je pu lire sur ses lèvres.

Le métro démarra. Mes yeux suivirent son regard. C'était fini.


*** 
  
    Toute la soirée et une partie de la nuit, je suis restée devant chez elle. J'ai passé tout mon temps à l'appeler sur son portable, sur son téléphone fixe. Je lui ai envoyé autant de messages que mon forfait de mobile pouvait me le permettre. Ma mère est venu me chercher à 23h. J'étais en train de pleurer, elle n'a rien dit. Le lendemain, dès 6 heures du matin, j'arpentais la gare. Vers 10h, je m'assoupis dans un fauteuil. Un serveur du café d'en face me réveilla:
"-Tout va bien mec? me demanda-t-il. - Quelle heure il est?" répondis-je.
Il était 12H. Je chercha dans toute la gare. J'attendis jusque 18h, puis 22h. Puis ma mère m'appela. Je décidai de rentrer, elle devait se faire du soucis pour moi. J'en déduis que Louise avait pris le train entre 10h et 12h, lorsque je m'étais endormi. Chez moi, j'allumai mon ordinateur. J'avais reçu un message instantané de Louise pendant que je l'attendais à la gare. Elle demandait juste si j'étais en ligne et m'avoua son horaire de départ: 22h15. Je regardais l'horloge avec un peu d'espoir : il était 22h34. C'est dans ces moments là qu'on a envie de se dégotter un flingue et de se tirer une balle dans la tête.

A suivre...


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L & F (3)


III. Décevante liberté

    Je tournais la clé dans la serrure, lutta pour ouvrir la porte et la referma en la claquant violemment. Je montai les escaliers quatre à quatre, pénétra dans ma chambre, sauta sur mon lit et me mis à hurler de toutes mes forces dans un oreiller. Je n'ai jamais été aussi en colère de toute ma vie ! Non pas contre François mais bel et bien contre moi. Mais, bordel, ça fait dix ans que je le connais et pas un seul moment je n'ai pu apercevoir qu'il avait quelconques sentiments amoureux pour moi. Mais quand on y réfléchis bien, il n'a jamais eu beaucoup de petites amies. Contrairement à moi, qui ai toujours eu beaucoup de prétendants masculins. Et pourtant, il en faisait des crises de jalousie, surtout avec Lucien. En réalité, Lucien est bien le premier garçon qui a réussi à me garder aussi longtemps. Ça va faire bientôt six mois. C'est assez étrange comme réflexion mais je suis sûre que François n'a pas encore couché avec une fille. Moi, non. C'était avec Lucien ma première fois et aussi bizarre que cela puisse paraître je ne suis pas autant amoureuse de lui que je ne devrais l'être. Il est vrai, j'ai vécu des moments inoubliables avec lui, et je suis heureuse à ses côtés mais j'ai comme le sentiment qu'il ne me comblera pas pleinement. C'est comme si il manquait quelque chose entre lui et moi pour que je ressente quelque chose de véritable. Et ce quelque chose, je le trouve chez François. Je me demande depuis combien de temps François est amoureux de moi... Longtemps je suppose, puisque la première fois que l'on s'est disputé à cause de mon premier petit copain, c'était en 5ème, au collège. Il se plaignait que je l'abandonnai. Je me sentis sourire en repensant à cette époque, il y a 4 ans déjà. Je me levai et m'assis à mon bureau. J'éparpillai toute la paperasse jusqu'à retrouver une lettre jointe d'une brochure que j'ai reçue il y a un mois environ. Je soupirai et pris mon téléphone pour composer le numéro de Lucien.

*** 


"- Alors comme ça c'est vraiment ce que tu veux?
- Cette chance-là, on la saisit qu'une fois, Lucien. Je suis désolée, sincèrement, que ça mette un terme à notre relation.
- Pas autant que moi, Louise. Dis moi, c'est pas plutôt à cause de ce... François, là?
- Lucien, commence pas...
- C'est lui qui t'a encouragé à faire ce choix, pas vrai?
- Non.
- Il sait, lui?
- Non, il n'est pas au courant.
Silence.
- Louise?
- Oui?
- Je t'aime, Louise.
Silence.
- Louise?
- Je te demande pardon Lucien.
Je raccrochai d'un coup sec. J'ignorais que ça ferait aussi mal. Les larmes me montèrent aux yeux. Non vraiment, Lucien est un garçon merveilleux.

*** 


    Je descendis à la cuisine et je vis ma mère en train de ranger ses courses. Sur la table, il y avait 3 petits magnétophones, ceux qu'utilisent les journalistes lorsque les caméras et les micros sont est trop encombrants. J'en saisis un et demanda à ma mère si je pouvais le lui emprunter.
" Vas-y, chérie, j'en ai acheté un au cas où il y en aurait un défaillant."
Je l'embrassai et monta m'enfermer dans ma chambre. J'allumais le magnéto et me mis à parler.
Je parlais pour François.

A suivre...
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